


Expérimentation
Construire en paille en Italie
L'expérience d'un auto-constructeur
Alors qu'en France et dans le Nord de l'Europe, la construction en paille se développe, en Italie, les constructeurs qui utilise de la paille sur leur chantier font encore figure de pionnier.
Sans comptabiliser les « abris » et autres formes de constructions « non déclarées », on ne dénombre officiellement que 8 maisons bâties en paille dans toute l'Italie.

Azienda agricola La Boa
Belfiore di Pramagiore Veneto.
50 km au Nord-est de Venise.
La paille comme matériau de construction
Construire en paille fait de nombreux adeptes dans le monde entier. En effet, son utilisation en construction présente de nombreux avantages. Stefano SOLDATI, éco-constructeur à l'Azienda agricola La Boa explique : « Je ne peux pas trouver d'aspect négatif à la construction en paille. C'est économique (environ 0,30 € en moyenne pour une botte de paille), c'est écologique, ça ne présente pas de risque au feu quand c'est enduit, c'est léger ce qui permet de réduire la profondeur des fondations, c'est un très bon isolant phonique et thermique et c'est simple à mettre en oeuvre (...)Je n'étais pas du métier, et pourtant j'ai pu construire ma propre maison ».
Si la construction en paille semble sans faille, Tom Rijven, constructeur itinérant, énoncent dans son ouvrages Entre paille et terre, les 7 plaies du mur en paille : remontées capillaires, condensations, vapeur, pluie, choc, inondation et fuites. Il convient donc de suivre les bonnes étapes et de se renseigner sur ce qu'il faut faire pour les prévenir (construction sur pilotis ou fixation d'une barrière anti-remontées capillaires, qualité des enduits dans toute son épaisseur : couche de corps, couche d'étanchéité, enduit de finition, large débord de toit, etc.).
Stephano Soldati ,un « ambassadeur »:
Stefano Soldati a travaillé dans l'agriculture céréalière conventionnelle pendant de nombreuses années. Attiré par la nature depuis longtemps, il se passionne pour l'agriculture biologique et la permaculture qu'il enseigne aujourd'hui en Italie.
En 2002, lors d'un colloque sur la permaculture, il découvre la construction en paille. Deux ans plus tard, il se décide à utiliser la paille pour réhabititer une veille ferme : « j'ai choisi d'utiliser des matériaux que je connaissais : de la paille, de la terre du jardin et de la chaux ». Pour ce faire, il va voir les autorités locales et demande s'il est possible de passer d'un bâtiment classique à un bâtiment en paille. « Les autorités locales ont accepté sans aucun problème, je leur avais présenté mon projet en détail. En outre, j'ai eu recours à un architecte et à des professionnels pour réaliser l'ossature bois et les soubassements. Il fallait respecter les règlements d'urbanisme locaux ». Le toit est resté de type conventionnel et l'enduit de finition respecte les couleurs traditionnelles. Les fondations étaient déjà existantes puisque c'est sur l'emplacement d'une ancienne ferme. « Reconstruire sur cet emplacement était intéressant car l'orientation du bâtiment par rapport au vent dominant, le « Bora », et à l'ensoleillement du site était idéale. De plus, certains matériaux de l'ancien bâtiment comme les briques ont pu être réutilisés ».
La paille lui sera livrée par un de ces amis qui cultive de l'orge biologique. En quantité insuffisante pour la totalité du projet, il se fournira avec de la paille de blé des environs.
Stephano Soldati part en Angleterre rejoindre Barbara Jones (auto-constructrice et formatrice anglaise, fortement investie dans la construction en paille Elle développe de nombreuses techniques pour adapter les constructions nord américaine aux spécificités de nos climats européens) pour suivre ses cours et se former sur différents chantiers. Devenu « ambassadeur de la paille Straw ball ambassador », il inaugure le premier cours italien de construction en paille avec Barbara Jones à l'acienda agricola La Boa. Pas moins de 20 personnes le suivront.
Le chantier de volontaire a permis de monter en une semaine la totalité des bottes de paille. Il aura fallu trois semaines en tout pour mettre la maison hors d'eau, hors d'air, sur une surface de 140 m? au sol.
En dirigeant un projet tel que celui-ci, Stephano Soldati a aiguisé ses connaissances et en a tiré des enseignements : « Sur cette construction j'ai beaucoup appris. Si c'était à refaire, je perdrais moins d'argent, d'energie et de temps (...) Des alternatives au modèle conventionnel existe, par exemple, de simple pneus de voiture « recyclés » aurait largement pu être utilisés dans les fondations. Ils permettent de dépenser moins d'argent, de valoriser nos déchets sans nuire à l'environnement. Ce sont de bons isolants contre l'humidité du sol, et ils offrent une bonne résistance aux secousses sismiques (...) J'ai mis en oeuvre différentes méthodes ce qui m'a permis de bien les comprendre. En ce qui concerne les enduits par exemple, bien préparer le support permet une bonne cohésion entre les différentes couches (...). Je ne choisirais plus de travailler avec de la paille d'orge car c'est irritant quand il fait chaud. Travailler avec de la paille de blé est moins gênant. Si je n'avais qu'un conseil à donner ce serait de commencer par une petite construction et de disposer d'un espace de vie autre que celui de la maison en construction ». Très occupé et souvent loin de chez lui, le chantier est toujours en cours depuis plus de trois ans.
Vers un centre pédagogique :
A terme, l'acienda agricola la Boa deviendra un centre pédagogique. Il sera possible de suivre des cours de construction écologique, d'agriculture biologique et de permaculture. Stefano Soldati cherche à être en liaison avec le réseau économique local des villes environnantes
Dans cet esprit d'ouverture, il accueil de nombreux volontaires chez lui afin d'enseigner et d'apprendre : « Le volontariat prend mais apporte aussi beaucoup d'énergie, c'est un bon échange. Depuis le début, il y a eu des volontaires du monde entier ici, chacun apporte ces idées, y met du sien. C'est l'occasion de partager et d'entretenir des savoir-faire (...) c'est une certaine philosophie. »
La recherche d'une autonomie énergétique fait aussi parti du projet. Actuellement l'eau qui provient du puits est chauffée par des panneaux solaires et par un poêle à bois. A l'avenir, il souhaiterait développer d'avantage d'aménagements autour de l'eau pour récupérer l'eau de pluie, recycler les eaux usées par des systèmes de lagunage et de phytoépuration, voire même intégrer une piscine... Écologique bien sur.
Contacts et informations :
Azienda Agricola La Boa : www.laboa.org,
Stephano Soldati : casadipaglia@hotmail.com